• Facebook Social Icon
  • Twitter Social Icon
  • Google+ Social Icon

Notre démarche s’articule autour de l’état de cécité et s’inspire librement des vies et des récits de non-voyants, principalement de la découverte que la perte de la vue ouvre une nouvelle manière
d’expérimenter le monde. Notre objectif est de créer un spectacle appréciable par tous les publics, voyants et non-voyants. L’idée est d’offrir une autre approche du spectacle vivant en se détachant de la vue et en développant d’autres manières de ressentir la danse et le cirque. Proposer à un public une expérience sensorielle qui l’amène ailleurs en élargissant la perception, une autre réalité. Tout part de l’envie de deux sœurs, une histoire de famille. Le père ne les a jamais vues, ni l’une ni l’autre. L’envie des deux sœurs vient de là. Il n’a jamais vu, il sent. L’espace est son, chaleur, froid, humidité, vibrations, dur ou mou, infini.

Le père, il parle d’énergies. Il dit que tout est énergies, le son, les couleurs, la terre, les murs, une photo, qu’il peut tout ressentir, qu’il peut même sentir le passé, le présent et le futur. Tout est là, des vibrations, des énergies. L’envie est là, partager ces énergies, les sentir, nous qui avons toujours vu, ou cru toujours tout voir, et eux, à qui on ne pense jamais à s’adresser. L’état de cécité est important par rapport à l’espace. Couper la vue, c’est élargir l’espace, c’est aussi le déplacer dans une vision mentale, laisser la place à autre chose, proposer un état d’ouverture.

J’ai compris que j’avais des capacités que les autres n’avaient pas ou que beaucoup d’autres n’avaient pas, puisqu’il y en a d’autres qui les ont mais pas beaucoup. Les autres ne les gardent pas. Parce qu’enfant, tout le monde a ces capacités-là. Mais quand on grandit, on oublie, on les a plus, elles s’atténuent. À l’adolescence, tout ça, sa fantasmagorie d’enfance, ça n’existe plus après. Sauf pour les poètes, les écrivains, les artistes... mais c’est une autre histoire.” C’est ce que dit leur père, aveugle depuis la naissance.

C’est cet état, cette attention au monde, une attention à l’infime, aux sons, à la nature aussi, que nous recherchons dans «sanctuaire sauvage». Mettre en jeu les sensations des spectateurs d’une manière

physique. Décupler le presque rien. L’humidité chaude, des pas dans le noir, l’obscurité sourde et presque totale d’un clair de lune. « Parce que le bruit de la pluie sur l’allée de mon jardin était différent du bruit de la pluie sur le gazon ou sur les buissons ou sur la clôture qui séparait le jardin de la route. La pluie à une manière de faire surgir les contours, elle projette une couverture de couleurs sur des choses auparavant invisibles, sur un monde fragmenté, morcelé. La pluie crée
une continuité acoustique. Elle fait surgir une plénitude d’un seul tenant. Elle donne la sensation de perspective et une notion des relations exactes entre différentes portions du monde.
»
John Hull